July 24, 2026

The African Tribune

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Non-respect du SMIG au Bénin : le gouvernement appelle à la dénonciation et durcit le ton

Alors que le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) est officiellement fixé à 52 000 FCFA, plusieurs entreprises continuent de rémunérer leurs salariés en dessous de ce seuil légal. Face à cette situation, le gouvernement béninois hausse le ton, invite les travailleurs à dénoncer les abus auprès de la CNSS et rappelle que les employeurs contrevenants s’exposent à de lourdes sanctions. Une réalité persistante malgré la revalorisation du SMIG Le phénomène est loin d’être marginal. Bien que le gouvernement ait relevé le SMIG à 52 000 FCFA afin d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs les plus modestes, de nombreux salariés, notamment dans les très petites entreprises (TPE), les PME et certains secteurs informels ou semi-formels, continuent de percevoir des rémunérations largement inférieures au minimum légal. Dans certaines entreprises, des employés toucheraient encore 30 000 ou 40 000 FCFA par mois, une situation qui fragilise davantage des ménages déjà confrontés à la hausse du coût de la vie. Cette pratique crée également une concurrence déloyale entre les entreprises qui respectent leurs obligations sociales et celles qui réduisent artificiellement leurs coûts de fonctionnement en ne respectant pas la loi. Au-delà de l’aspect salarial, le non-respect du SMIG entraîne souvent d’autres irrégularités : sous-déclaration des travailleurs à la CNSS, cotisations sociales insuffisantes, absence de couverture sociale complète et difficultés futures pour les salariés lors du calcul de leur pension de retraite ou de leurs prestations sociales. Le gouvernement refuse tout compromis Intervenant le jeudi 23 juillet lors d’une émission consacrée à l’actualité gouvernementale, le porte-parole de l’Exécutif, Wilfried Léandre Houngbédji, a dénoncé sans ambiguïté ces pratiques. Selon lui, aucune difficulté économique ne peut justifier la violation du droit du travail. « Il y a encore des entreprises qui ne payent pas 52 000 FCFA. Allez à la CNSS et dénoncez ! » Pour le gouvernement, le respect du salaire minimum constitue une obligation légale et un droit fondamental destiné à garantir un revenu minimum aux travailleurs. Les difficultés financières d’une entreprise ne peuvent être supportées exclusivement par les salariés au moyen de rémunérations inférieures au seuil fixé par la loi. Les autorités rappellent également que le SMIG n’est pas une simple recommandation mais une norme impérative qui s’impose à tous les employeurs relevant du droit du travail béninois. La dénonciation comme levier de contrôle Face aux difficultés rencontrées par les services d’inspection pour contrôler l’ensemble du tissu économique, le gouvernement mise désormais sur la participation active des salariés. Les travailleurs victimes de sous-paiement sont invités à saisir directement la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), qui devient l’un des principaux canaux de signalement. Chaque plainte pourra donner lieu à une enquête administrative, à la convocation de l’employeur et, si les faits sont établis, à une mise en demeure de régulariser immédiatement la situation. Cette stratégie vise également à renforcer l’efficacité des contrôles. De nombreuses entreprises échappent en effet aux inspections régulières, faute de moyens humains suffisants, alors que les signalements permettent de cibler les cas les plus préoccupants. Un enjeu de justice sociale et d’équité économique Pour l’Exécutif, faire respecter le SMIG dépasse la simple question salariale. Il s’agit également de lutter contre la précarité, de protéger la dignité des travailleurs et de promouvoir une concurrence plus équitable entre les entreprises. Les employeurs qui respectent les règles supportent des charges sociales et salariales plus importantes que ceux qui choisissent délibérément de s’en affranchir. Cette situation crée une distorsion de concurrence susceptible de pénaliser les entreprises vertueuses. Le respect du SMIG contribue aussi à soutenir la consommation intérieure. Des salariés mieux rémunérés disposent d’un pouvoir d’achat plus élevé, ce qui favorise les dépenses de consommation, stimule l’activité économique et génère davantage de recettes fiscales et de cotisations sociales. À l’inverse, la généralisation des bas salaires entretient la pauvreté des travailleurs, réduit les ressources de la sécurité sociale et fragilise le financement du système de protection sociale. Des sanctions qui peuvent coûter très cher Le gouvernement rappelle que le non-respect du SMIG constitue une infraction au Code du travail et expose les employeurs à plusieurs sanctions. Rattrapage salarial obligatoire L’entreprise devra verser rétroactivement au salarié toutes les sommes correspondant à la différence entre le salaire effectivement perçu et le minimum légal. Régularisation des cotisations sociales La CNSS procédera au recalcul des cotisations sur la base du salaire légal, avec application de pénalités et de majorations pour les retards ou les sous-déclarations. Sanctions administratives et pénales Les employeurs encourent des amendes prévues par la réglementation du travail, lesquelles peuvent être aggravées en cas de récidive ou lorsque plusieurs salariés sont concernés. Contentieux devant le tribunal du travail Les salariés peuvent engager une procédure judiciaire afin d’obtenir le paiement des rappels de salaire, des dommages-intérêts et, dans certains cas, faire reconnaître la rupture du contrat aux torts exclusifs de l’employeur, ouvrant droit à des indemnités supplémentaires. Vers un renforcement des contrôles ? L’appel lancé par le gouvernement pourrait annoncer un durcissement des contrôles dans les prochains mois. Les autorités semblent vouloir faire du respect du SMIG un marqueur de leur politique sociale, en combinant inspections, signalements des salariés et sanctions renforcées. Pour de nombreux observateurs, l’efficacité de cette stratégie dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la capacité des travailleurs à dénoncer les abus sans craindre des représailles, les moyens accordés aux services de contrôle et la rapidité avec laquelle les plaintes seront traitées. Au-delà de la répression, plusieurs spécialistes estiment également qu’un dialogue renforcé entre l’État, les organisations patronales et les syndicats sera indispensable afin de favoriser une meilleure application de la législation sociale tout en accompagnant les entreprises confrontées à de réelles difficultés économiques. Le message du gouvernement est néanmoins clair : le SMIG constitue désormais une ligne rouge que les employeurs sont tenus de respecter, sous peine de s’exposer à des conséquences financières, administratives et judiciaires importantes.