April 28, 2026

How the unified force of the AES alliance aims to secure the Sahel

Le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition du Mali et de la Confédération des États du Sahel (AES), a officiellement lancé samedi à Bamako la Force unifiée de l’AES (FU-AES). Cette initiative s’inscrit dans la stratégie régionale des juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger pour renforcer la sécurité face aux menaces djihadistes transfrontalières.

Les trois pays membres de l’AES organiseront à Bamako, les 22 et 23 décembre, une réunion des chefs d’État pour évaluer les progrès réalisés depuis la création de la confédération en juillet 2024. Parmi les points clés à l’ordre du jour figurent l’examen des défis sécuritaires, diplomatiques et de développement, ainsi que la désignation d’un nouveau président pour l’institution.

Cette rencontre intervient alors que la Force unifiée de l’AES entre officiellement en fonction, marquant une étape concrète vers l’intégration militaire des trois États. Selon le gouvernement malien, cette force de 5 000 soldats sera dirigée par le Général Daouda Traoré du Burkina Faso et vise à lutter contre l’insécurité et les groupes armés dans la région.

Qu’est-ce que la Force unifiée de l’AES ?

Face à la montée des attaques armées et à la porosité des frontières, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de mutualiser leurs moyens militaires. La création de cette force multinationale répond à un besoin pressant de coordination accrue entre les armées, un partage optimisé des renseignements et une synchronisation des opérations pour contrer la mobilité des groupes djihadistes.

Le Général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, a souligné que « la paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas ». Il présente cette force comme le résultat d’une stratégie commune fondée sur la solidarité sahélienne et une volonté d’affirmation de leur indépendance stratégique.

Comment la Force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

Pour être efficace, la Force unifiée doit relever plusieurs défis majeurs. Selon Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute (Cotonou) et Chercheur associé à l’Egmont Institute (Bruxelles), la crédibilité de cette force dépendra de sa capacité à produire des résultats tangibles sur le terrain et à rassurer les populations.

L’expert identifie plusieurs leviers essentiels pour garantir l’efficacité de la FU-AES :

  • Un commandement unifié : assurer une coordination fluide entre les trois pays, avec des décisions rapides et une chaîne de commandement claire.
  • Un partage efficace des renseignements : fusionner les informations collectées pour cibler les opérations avec précision.
  • Une approche durable : éviter les frappes ponctuelles et privilégier une présence permanente sur les axes stratégiques pour empêcher le retour des groupes armés.
  • Une gouvernance locale renforcée : sécuriser les marchés, protéger les villages et rétablir la justice pour éviter la résurgence des violences.

« Une force peut gagner une bataille, mais sans une gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation », explique l’expert. Il insiste sur l’importance de « contrôler les axes, sécuriser les marchés, protéger les villages et rassurer les populations » pour éviter que les groupes armés ne regagnent du terrain.

Une stratégie par étapes pour une intégration progressive

Fiacre Vidjenagninou recommande une approche pragmatique : commencer par des opérations coordonnées sur des zones ciblées, avant d’envisager une intégration plus large. « L’approche la plus intelligente serait de faire par étape. D’abord prouver que ça marche à trois, ensuite coopérer avec des voisins de façon très opérationnelle », souligne-t-il.

Cette méthode permettrait d’établir la confiance progressivement, en évitant les écueils liés à des intérêts divergents ou à des méfiances entre partenaires. Une intégration formelle ne devrait intervenir qu’après avoir démontré des résultats concrets.

Un tournant politique et militaire pour le Sahel

La création de la Force unifiée de l’AES s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la rupture avec la CEDEAO et la recherche d’une autonomie stratégique. Les trois pays, dirigés par des juntes militaires, ont choisi de se tourner vers une alliance régionale pour répondre aux défis sécuritaires et économiques.

Lors du sommet de Bamako, les chefs d’État de l’AES discuteront également de la création d’une Télévision de l’AES (siège à Bamako) et d’une Banque confédérale d’investissement et de développement, avec un capital initial de 500 milliards de francs CFA. Ces institutions visent à renforcer l’intégration économique et médiatique de la confédération.

La crédibilité de la Force unifiée se jouera donc sur sa capacité à commander ensemble, tenir le terrain et produire des résultats durables. Si ces objectifs sont atteints, elle pourrait devenir un modèle de coopération sécuritaire pour le Sahel, bien au-delà des frontières actuelles de l’AES.